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Lebas, premier photographe
français au Japon (
1863 )
Shimonozeki
Tout
récemment est apparu sur le marché un album de photographies anciennes de
Chine et du Japon qui contient quelques-unes des premières photographies réalisées
par un Français au Japon. Jusqu'à ce jour un seul ouvrage contenant des
photographies d’un certain « A. Le Bas » avait été répertorié
et se trouvait en possession de Clark Worswick, l’un des initiateurs de la
recherche sur l’histoire de la photographie au Japon (1). Il semblait depuis
que cet ouvrage était unique et peu d’informations avaient été trouvées
sur son auteur.
Un nouvel album de Le
Bas :
La découverte récente d’un second album de Le Bas met en lumière
l’importance des clichés réalisés par ce photographe : L’album, dédicacé
en couverture à son excellence M. le Ministre de la marine et des colonies,
comporte 24 clichés (7 sur la Chine et 14 sur le Japon). Ces clichés
confortent l’impression, suggérée par Clark Worswick, que Le Bas était un
marin français ayant participé à l’expédition française en Chine et au
Japon et ayant pris part à la campagne de Shimonoseki (2). Ces photographies
apportent un éclairage nouveau sur l’affaire de Shimonoseki, qui marque le
premier affrontement armé sérieux entre le Japon et les puissances
occidentales.
Une découverte
importante pour les relations franco-japonaises :
Les photographies, datant de 1863 et 1864, donnent un témoignage précis
sur la présence française à Yokohama. A notre connaissance ce sont les
meilleures représentations connues des établissements français de Yokohama,
de la légation française, de l’hôpital français de Yokohama, de la
maison du ministre de France (Léon Roches (3) qui est probablement présent
lui-même devant son habitation alors qu’un japonais et deux militaires français
lui amènent son cheval). On y trouve aussi une photographie assez détendue
des attachés de la légation française qui sont allongés dans un jardin.
Tous ces témoignages sont précieux, car ils concernent la première
installation française au Japon. Il ne faut pas oublier aussi que tous ces bâtiments
vont rapidement disparaître en raison des nombreux incendies qui sévissent
alors à Yokohama (4).
Les photographies de
Le Bas :
Dans cet album on trouve 24 photographies au format d’environ 16,5
sur 12,5 cm. Elles représentent : 1/ La
maison de l’agent principal des Messageries impériales à Saigon. 2/ Une
porte de la ville de Pékin. 3/ Une
allée de monolithes conduisant aux tombeaux des Ming. 4/ La
porte d’entrée du grand tombeau des Ming. 5/ La
salle des sacrifices du grand tombeau des Ming. 6/ L’aviso
à vapeur le Kien-chan (5). 7/ La
frégate la Sémiramis au mouillage de Woosung. 8/ Une
chaise de Canton portée par des Japonais. (avec des marins et des
militaires français au Japon). 9/ La
rade de Yoko-hama. 10/ Les attachés
de la légation française à Yoko-hama (3 attachés et 2 militaires). 11/
Les lettrés de Yoko-hama (4
Bushi). 12/ Les établissements français
à Yoko-hama. 13/ L’hôpital
militaire français de Yoko-hama. 14/ Instantanéïté
(photo prise devant la résidence du ministre de France à Yokohama, montrant
Léon Roches (1809-1901) lui-même, en civil, devant la double porte de sa
maison, entouré de 2 armures françaises. 15/ Guerrier
japonais (avec un arc). 16/ Guerrier
japonais (avec un yari). 17/ Guerrier
japonais (avec un arc). 18/ Guerrier
japonais (avec un sabre). 19/ Maison
du ministre de France à Yoko-hama. 20/ Pagode
de Shimonosaki, construite sur le
bord de la mer (Il s’agit en fait d’un sanctuaire shintô, retrouvé
sur une gravure du Monde illustré
du 31 12 1864). 21/ Capitaines et
soldats de Shimonosaki (photo également reprise dans Le
Monde illustré du 31 12 1864.
On en a modifié le fond). 22/ Pagode
de Shimonosaki. 23/
Pagode de Buntzen (6). 24/
Vue de la ville et du détroit de
Shimonosaki (Cette photo est reprise en la modifiant dans Le
Monde illustré du 31 12 1864).
Le premier incident de
Shimonoseki en 1863:
Le
site de Shimonoseki avait été choisi pour assurer le libre passage des
navires étrangers, car le navire américain Pembroke y avait été bombardé
le 25 juin 1863, par le clan de Chôshû. Deux navires japonais, dont l’un
avait été identifié comme l’ancien Lanrick anglais, avaient ouvert le feu
pendant la nuit sur le vaisseau
américain. Le 8 juillet c’est au tour de l’aviso français Kien-chan, bâtiment
de guerre français sous le commandement du capitaine Lafon (7), de subir un
bombardement au même endroit que le Pembroke. A Nagasaki le capitaine du
Kien-chan prévient le commandant d’un navire hollandais, la Medusa, et
l’incite à se préparer à une attaque s’il vient à passer par le détroit
de Shimonoseki. En effet, un troisième bombardement, plus sérieux, eut lieu
le 11 juillet contre cette corvette hollandaise, à bord de laquelle se
trouvait le consul général de Hollande Jonkheer Dirk de Graef van Polsbroek
(8). Ce navire fut touché vingt et une fois, causant la mort de quatre marins
hollandais et en blessant cinq autres. Aussi le 13 juillet 1863 le navire américain
Wyoming partit attaquer les forts de Shimonoseki et Moji (Moji ferme le détroit
de Shimonoseki du coté de Kyûshû). Du coté français les navires furent
placés sous le commandement de l’amiral Benjamin Jaurès (1823-1889).
Celui-ci avait à sa disposition deux navires de guerre à vapeur (la Sémiramis
dotée de 35 canons et le Tancrède armé de 42 canons) et environ 600 marins
et soldats dont 400 seront détachés à Shimonoseki. Deux corvettes françaises,
le Dupleix et le Monge, restaient pour assurer la sécurité des Occidentaux
à Yokohama. L’escadre française quitta Yokohama le 16 juillet 1863.
La première riposte
occidentale :
C’est
le navire américain Wyoming, armé seulement de six canons, qui parvint le
premier à Shimonoseki, le 16 juillet (9). Du coté japonais, sous la bannière
du prince de Nagato, on disposait de 9 batteries d’environ six canons
chacune et d’un navire de guerre à vapeur, l’ancien Lancefield, armé de
deux canons, vendu par les Britanniques pour $ 125.000 quelques mois plus
tard. Les Japonais disposaient aussi du brick Lanrick, armé de huit canons,
aussi acheté aux Anglais pour $ 25.000,
et d’un trois-mâts, l’ancien Armistice anglais. Le Lancefield, peu armé,
sera rapidement coulé par le Wyoming. Attaqué par les batteries terrestre,
le Wyoming reçut 11 projectiles et comptera quatre morts et sept blessés
parmi son équipage (un des blessés américains mourra un peu plus tard).
Mais le Wyoming fera feu sur les fortins japonais en y causant tant de dégâts
que bientôt les batteries japonaises furent placées dans l’incapacité de
répondre. Les navires français, la Sémiramis et le Tancrède, ne parvinrent
à l’entrée du détroit de Shimonoseki que le 19 juillet 1863. Dans un
premier temps on débarqua, sur la côte de Kyûshû près du village de
Tanoura (10), l’abbé Girard et l’interprète hollandais Bleeckman, qui
portèrent un message pour le prince de Buzen. Après un bombardement intense
par la Sémiramis de la côte de Honshû, on mit alors à terre une force armée
d’environ 150 soldats qui parvinrent à s’emparer facilement d’une première
batterie. Deux des cinq canons avaient été démolis lors des bombardements
précédents. Du sang témoignait de la violence de ce bombardement mais
presque tous les servants de cette batterie avaient fui. De la poudre et des
munitions furent saisies et brûlés ou jetés à la mer. Quelques rares défenseurs
firent une sortie contre les Français. Les marins français racontèrent que
dans leur désespoir les bushi japonais, désarmés et mis à mal par les baïonnettes,
tentèrent d’attraper les jambes des soldats français et de rage essayaient
de les mordre. Trois marins français de la Sémiramis furent alors tués par
un feu nourri qui provenait d’autres batteries situées derrière la ville.
A son tour le Tancrède fut attaqué et perdit son mât avant. Trois autres
projectiles vinrent également bientôt percuter le navire. La tentative de débarquement
menée sous le commandement du capitaine Du Quilio, avec 180 marins et 70
chasseurs du troisième bataillon d’Afrique, ne put être menée plus loin.
Les rapports japonais affirment que la soldatesque française ne réussit à
s’emparer que d’une seule petite batterie et mit le feu par représailles
à un village de pauvres paysans et de pêcheurs totalement innocents....En
fait, il semble que ce soit surtout les dégâts commis par le Wyoming avec la
destruction du Lancefield au cours de laquelle une quarantaine de marins
japonais trouvèrent la mort, ainsi que les violentes explosions des
shrapnells, qui causèrent le plus de représailles en mettant le feu à la
ville. Aucune attaque ne fut menée contre la ville de Moji.
L’incident
de Kagoshima (15 et 16 août
1863) :
En
réponse à l’assassinat du commerçant anglais Richardson, les Anglais menèrent
également une attaque sur Kagoshima. Le 6 août une flotte de sept navires
(11) sous le commandement de l’amiral Kuper gagna la baie de Kagoshima qui
était alors une vaste ville de près de 180.000 habitants. Après de
laborieuses négociations le 15 août les Anglais se saisirent de trois
navires à vapeur, appartenant au clan de Satsuma, qui avaient été achetés
en Angleterre (l’England pour $ 120.000 en 1861, le Contest qui venait d’être
acheté pour $ 80.000 en mai 1863, et le Sir George Grey, acheté $ 40.000).
Une tentative japonaise d’appréhender les navires anglais fut conduite par
une douzaine de petits navires japonais où se trouvaient des samurai déguisés
en marchands de fruits. Une trentaine de soldats japonais qui avaient bu le
saké avec le prince de Satsuma tentèrent d’aborder le navire amiral
anglais, mais ils en furent refoulés. Le 15 et le 16 août la bataille fit
rage, amenant la destruction des batteries et d’une large part de la ville.
Du coté anglais on compta 13 morts et une cinquantaine de blessés. Il n’y
eu aucun débarquement de troupes.
Second épisode à
Shimonoseki :
Les premières attaques sur Shimonoseki ne suffirent pas à faire céder
le clan de Chôshû, contrairement à Kagoshima où Satsuma avait enfin accepté
de payer rançon. D’autres escarmouches ayant eu lieu avec des vaisseaux
alliés en juillet 1864 (à Fukigawa le prince de Nagato (le daimyô de Chôshû)
fit ouvrir le feu sur le navire américain Monitor). Deux autres navires
anglais, le Barossa et le Cormorant, furent aussi attaqués peu après. A leur
bord se trouvaient Itô Hirobumi (1841-1909, futur premier ministre) et Inoue
Kaoru (1835-1915) qui sera successivement ministre de l’Agriculture, de
l’intérieur, des finances et des Affaires étrangères), qui rentraient
d’un voyage clandestin en Angleterre (Ils avaient quitté secrètement le
Japon en 1862 pour l’Angleterre) (12). Ceux-ci furent envoyés auprès du
prince de Nagato, Môri Yoshichika. Celui-ci venait de connaître
d’importants revers politiques en perdant pour Chôshû la garde de l’Empereur
et de Kyôto. Par dépit il avait tenté le 20 août de s’emparer de la
ville impériale, mais en avait été repoussé. Refusant néanmoins de
changer de politique, il continua, alors même qu’il était attaqué par les
troupes du Bakufu, à s’en prendre aux navires étrangers passant par le détroit
de Shimonoseki. La France ayant tenté une médiation directe avec le
gouvernement du Shôgun, suite à l’affaire du Kien-chan et à
l’assassinat du lieutenant Camus à Yokohama, la riposte fut retardée. Mais
en août 1864, suite aux attaques et à l’incendie de Kyôto (Miako) par le
clan de Chôshû, les chefs d’escadres américains, français, anglais et
hollandais décidèrent de mettre au point une nouvelle opération groupée
sur Shimonoseki. On rassembla 17 navires de guerre européens (neuf anglais,
quatre hollandais, trois français, et un américain, le Takiang, totalisant
un ensemble de 325 canons (13). La flotte, accompagnée de près de 3.000
soldats en particulier du vingtième et du soixante-septième régiments américains
et de militaires français et anglais, se regroupa à Hiroshima le 4 septembre
1864. Du coté japonais on dénombrait aussi environ 3.000 soldats, 57 pièces
de grosse artillerie et de nombreux canons de campagne (14). Le 5 septembre
eut lieu l’attaque contre une première batterie, qui fut rapidement prise.
Durant l’année qui avait suivi le premier conflit, les batteries japonaises
de Shimonoseki n’avaient été que faiblement renforcées. Il est à noter
que les canons japonais étaient principalement de fabrication russe et
locale. Le lendemain tous les autres ouvrages fortifiés tombèrent, sous la
pression combinée des puissances occidentales. Malgré la bravoure de
quelques Japonais comme Nakaoka Shintarô (1838-1867)(15), l’ensemble des
canons capturés fut emmené. On ne compta que 12 tués et 54 blessés parmi
les alliés. Les Japonais semblaient n’avoir jusqu’alors qu’une faible
idée de la puissance d’une flotte bien armée. Le 22 octobre 1864 le Bakufu
décidait de prendre à sa propre charge la lourde indemnité de quinze
millions de francs infligée par les alliés à Chôshû (16). Le passage par
le détroit de Shimonoseki était enfin libre, mais le port restait fermé au
commerce étranger.
La Sémiramis
(17) :
Ce navire français avait quitté la baie de Tourane le 5 avril 1863.
Il parvint à Kanagawa le 26 avril 1863, après avoir jeté l’encre à
Woosung (sur la rive gauche du Houang p’ou à son confluent avec le
Yang-tseu, à Shanghai) du 17 au 22 avril. A la nouvelle de l’attaque des bâtiments
occidentaux on y embarqua une compagnie du 3e bataillon
d’Afrique. Le navire allait participer aux deux attaques sur Shimonoseki.
Lors de la première opération de 1863, nous avons les noms des militaires
français qui commandèrent le débarquement des troupes : le lieutenant
de vaisseau Miet, qui commanda la compagnie de fusiliers-marins de cette frégate,
le capitaine Côte qui dirigeait les chasseurs du bataillon d’Afrique et le
capitaine Le Couriault du Quilio (18), placé à la tête de ces 250 hommes.
On sait que le chef d’état-major Layrle a commandé le détachement qui
parvint au prix d’un mort et de trois blessés, à s’emparer du magasin à
poudre des Japonais. C’est ce détachement qui rapporta lances, armures et
mousquets de l’infanterie japonaise. Lors de la seconde opération le même
Le Couriault du Quillio n’eut donc aucune difficulté à emmener ses 350
fusiliers-marins français sur un théâtre de bataille qu’il connaissait déjà
fort bien. Mais cette fois il était accompagné de 1.400 marins et soldats
anglais sous les ordres du capitaine Alexander, de 250 marins hollandais et
d’un peloton de soldats de la marine américaine. Dans ces conditions la résistance
japonaise allait être facilement anéantie. Il est possible aujourd’hui de
confronter les divers témoignages oculaires de ces deux missions avec les
photographies de Le Bas. La Sémiramis quittera le Japon en février 1865, sa
mission de pacification terminée.
Des découvertes complémentaires :
L’identité
de Le Bas est longtemps restée incertaine. Nos récentes recherches ont
permis de trouver au sein du journal français Le
Monde illustré (19) la preuve définitive de l’origine des
photographies de Le Bas ainsi que de son identité: en effet dans le numéro
403 du 31 décembre 1864, huitième année après la création du journal,
nous avons découvert les extraits d’une lettre adressée de Yokohama le 30
septembre 1864 par de Monsieur Le Bas lieutenant de vaisseau à bord de la frégate
française la Sémiramis. L’histoire nous a montré que ce vaisseau faisait
bien partie de l’escadre de l’amiral Jaurès et participa aux deux combats
de Shimonoseki. De plus Le Bas joignait à sa lettre trois photographies, présentées
par le journal sous forme de gravures qui correspondent exactement aux photos
de l’album. Après les combats, à partir du 9 septembre 1864, les marins
français purent circuler sur les deux rives du détroit. A la suite d’un
mouillage d’une dizaine de jours, devant l’impossibilité d’organiser
une occupation du site de Shimonoseki, la décision fut prise
de prévoir plutôt l’ouverture du port d’Ôsaka. Ayant laissé au
mouillage le Tancrède et la Barossa, la Sémiramis quitta le détroit le 20
septembre 1864. Le soir du 24 septembre elle regagnait Yokohama. Le 30
septembre, le lieutenant Le Bas faisait partir son courrier et ses
photographies pour la France.

Caractéristiques des photographies de Le Bas et celles de
Beato
Toutes les photographies de Le Bas sont en noir et blanc et présentent
la caractéristique de retouches assez marquées. Toutes signées à la main
sur les tirages ou sur le verre, elles sont aussi précieuses que les clichés
de Felice Beato dont l’une des poses (celle du sanctuaire Kami-Hamayu (en
fait Kame-Hamagû) est très voisine du cliché de Le Bas). Ces photographies
doivent être différenciées : d’une part celles de Le Bas qui était
à bord d’un vaisseau français, d’autre part celles de Beato qui
naviguait sur le navire amiral anglais Euryalus. Autant les clichés de Le Bas
donnent une impression de relatif calme, autant les photographies de Beato témoignent
des faits de guerre et de la facile victoire des alliés occidentaux (20). Les
photographies de Le Bas confirment le débarquement de quelques français sur
la côte de Kyûshû et sont ici un témoignage parfois plus précis que celui
des témoins oculaires.
Des
découvertes récentes supplémentaires :
Mettant à profit cet article il nous faut aussi signaler d’autres découvertes :
dans un album photographique, où il existe quelques clichés d’Ueno Hikoma
(21) se trouve une représentation photographique d’une des missions françaises
au Japon. Au milieu d’un album de photographies en noir et blanc
consacrées au temple de Shiba et à Nikkô, on découvre un cliché pris
devant le yashiki de Kamon, une des missions militaires françaises au Japon.
On y remarque 21 officiers et militaires français. Ceux-ci servaient
d’instructeurs pour l’armée japonaise. En effet, dès 1864 Léon Roches
(qui séjourna au Japon de 1864 à 1869) avait ouvert à Yokohama une école
de langue française. En 1866 l’envoi de la première mission militaire française
au Japon fut décidée. La seconde mission militaire française séjourna au
Japon de 1872 à 1880. Et comptait 26 militaires français. Il semble s’agir
ici de la seconde mission militaire française au Japon. En Angleterre on
vient également de découvrir la première photographie prise sur papier au
Japon.
Conclusion
Les connaissances historiques sur les débuts de la photographie au
Japon progressent rapidement. Ces photographies anciennes apportent un témoignage
particulièrement authentique sur les éléments qui ont marqué les relations
entre l’Europe et le Japon. Ils sont d’autant plus précieux qu’ils sont
anciens. De plus ces photographies complètent les témoignages écrits
(ainsi sur le nombre de canons par batteries) et forment une
documentation irremplaçable dans une époque où peu à peu l’image prend
parfois le pas sur le texte. De plus, grâce à la photographie on obtient une
vision plus fidèle du déroulement de l’action racontée par des divers témoignages.
L’album de le Bas eût parfaitement convenu à illustrer le livre de
l’aide commissaire de la marine Alfred Roussin qui nous relate ces événements
dans Une campagne sur les côtes du
Japon (22).
En
ces temps modernes, il n’est pas inutile de rappeler qu’autrefois les
puissances européennes et américaines se sont regroupées pour tenter d’établir
leur hégémonie sous prétexte de maintenir la liberté de circulation. Une
partie de la rançon sera ensuite rendue aux Japonais. La photographie a ce mérite
de faire resurgir avec exactitude le Japon tel qu’il existait il y a plus
d’un siècle face à la suprématie .militaire occidentale.
Dr
Joseph DUBOIS
avec
la précieuse collaboration de
Patrik
Le Nestour
Une sélection de livres sur les débuts de la
photographie au Japon
Notes
1
Worswick, Clark : Japan
Photographs 1854-1905, New York, Pennwick Publishing, 1979 ( La collection
de Clark Worswick et l'autre album de Le Bas se trouvent actuellement au
Japon).
2
Les dates les plus fantaisistes sont souvent données tant pour l'attaque du
Pembroke que pour les bombardements de Shimonoseki et de Kagoshima. On
conseillera la lecture des ouvrages suivants:
Black,
John, R. : Young Japan,
London, Trubner, 1880.
Layrle,
Vice-amiral J.: La restauration impériale
au Japon, Paris, Colin, s.d..
Notehelfer,
F.G : Japan Through American Eyes,
The Journal of Francis Hall,
Princeton, Princeton University Press, 1992.
Roussin,
Alfred : Une campagne sur les côtes
du Japon,
Paris,
Hachette, 1866.
3
Léon Roches, ancien compagnon du duc d'Aumale, successeur de Duchesne de
Bellecourt, prit son service officiel au Japon le 30 avril 1864.
4
En 1866, le plus important de ces incendies fera disparaître une large part
des maisons de la concession ainsi que les négatifs de Beato.
5
Contrairement à ce que laisse penser ce nom chinois, il s'agit ici d'un aviso
français, le Kien-chan, armé seulement de 2 canons. Il sera bombardé dans
le détroit de Shimonoseki, peu après l'attaque du Pembroke. En 1867 le comte
de Beauvoir déjeunera à son bord et signale dans son récit de voyage (Voyage
autour du Monde, Paris, Plon, 1875, page 560), que l'affaire de
Shimonoseki coûta 100.000 francs au Shôgun et 40.000 francs au prince de
Nagato.
6
Il s’agit du temple de Buzen, sur la côte de Kyûshû. Ce cliché confirme
donc que quelques Français ont aussi débarqué sans incident notoire sur la
côte de Kyûshû.
7
Le nom de Lafon est aussi orthographié Lafont dans le journal de Francis
HALL.
8
Voir son journal de 1857 à 1870 édité par Moeshart, Herman, J., Maastricht,
Van Gorcum, 1987.
9
Heco,
Joseph : The Narrative of a
Japanese, Yokohama, Murdoch,
s.d..(Joseph Heco est un naufragé japonais recueilli par un navire américain
en 1850. Il fut invité par le capitaine Mc Dougal. à bord du Wyoming qui,
selon Heco, reçut, 22 projectiles et tira 53 obus).
10
Il s'agit du village de Ta no ura sur la côte de Kyûshû. En face, sur Honshû,
on trouve Dan no ura où eut lieu en 1185 la défaite des Taira contre les
Minamoto et la mort tant célébrée du jeune empereur Antoku (1178-1185).
11
Il s'agissait des vaisseaux de guerre Euryalus (portant la bannière de
l'amiral Kuper), Pearl, Argus, Perseus, Coquette, Race-Horce, Havoc. Les trois
bateaux à vapeur japonais, achetés en Angleterre, s'appelaient Tenyû-maru,
Hakuo-maru et Seiyô-maru. Ces trois navires seront saisis et brûlés.
12
En fait cinq jeunes Japonais avaient quitté subrepticement l'Angleterre, mais
trois d'entre eux désirèrent de
rester encore dans ce pays : en plus de Itô Hirobumi (présenté alors
comme Itô Shunsuke) et de Inoue Kaoru (présenté alors comme Inoue Bunda),
il y avait aussi Endo Kinsuke (futur ingénieur des monnaies), Inoue (Katsu)
Masaru (futur ingénieur des chemins de fer) et Yamao Yôzo (futur ingénieur
des mines).
13
Navires anglais : Euryalus, Tartar, Perseus, Argus, Bouncer, Djambi,
Leopard, Barrossa, Conqueror, Coquette. Navires français : Dupleix, Sémiramis,
Tancrède. Navires hollandais : Amsterdam, Medusa, Metalis Kruis ;
Navire américain : Ta-kiang (loué pour l'occasion).
14
Rapport dactylographié du vicomte Ogasawara, Capitaine de Vaisseau, traduit
par le commissaire de première classe de la marine Ferrieu.
15
Nagaoka Shintarô : loyaliste originaire du clan de Tosa, il fut le partenaire
de Sakamoto Ryôma ((1835-1867). Il favorisa l'alliance entre Satsuma et Chôshû.
Il sera assassiné avec Sakamoto en 1867.
16
Eggermont, Isidore, Voyage autour du
Globe, Paris, Librairie Charles
Delagrave, 1900 (Ce voyageur belge qui passe à Shimonoseki ne manque pas de
relater les événements de 1864 dans son ouvrage,.à la page 161).
17
Sémiramis : reine mythique d'Assyrie et de Babylonie. Fille de la déesse
Derketô et d'un simple mortel. Voltaire en fit l'objet d'une tragédie en
1748.
18
Humbert, Aimé: Le Japon illustré,
Paris, Hachette, 1870. Cet auteur le cite comme Lecuriault du Quilio,
commandant de la Sémiramis (page 374).
19
Un autre lieutenant de vaisseau à bord de la Sémiramis, Léonce Boulineau,
avait également fait parvenir quelques dessins (ayant la scrupuleuse fidélité
de la photographie, dit le journal !) qui furent reproduits dans Le
Monde illustré du 12 mars 1864.
20
La présence du photographe Felice Beato à bord des navires de l'expédition
de 1864 est confirmée par Sir Ernest Satow (voir : A
Diplomat in Japan, Tôkyô, Tuttle, 1983, page 102).
21
Estebe, Claude : Ueno Hikoma (1838-1904),
mémoire de maîtrise de l'INALCO, sous la direction de Jean-Jacques
Origas et Christophe Marquet, le 21 10 1998.
22
Roussin, Alfred : Une campagne sur
les cotes du Japon, Paris,
Hachette, 1866 réédité aux éditions Kimé en 1993, avec une présentation
de P .Beillevaire). A noter que ce même A. Roussin a été l'expéditeur des
photographies de Le Bas au Monde
Illustré. Il a aussi envoyé plusieurs autres rapports et dessins sur la
Chine, l'Indochine ou le Japon à ce même journal*.
*On
peut regretter que l'étude systématique des articles des journaux français
concernant l'Extrême-Orient n'ait pas encore été menée comme cela a été
fait pour les journaux illustrés anglais. Il reste également à préciser
les noms de quelques personnes présentes sur ces photographies.
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